L'histoire de la SDSM

Créée en 1910, la S.D.S.M. est riche d'une histoire mouvementée de secours souvent épiques, voire même héroïques aux alpinistes en danger. Pendant près de cinquante ans, elle a été la plus active société de secours, avec celle du Salève (Haute-Savoie).

Devant l'essor de l'alpinisme et la multiplication des secours, les sociétés de secours bénévoles ont passé la main en 1958 au service public, qui a repris cette mission avec le P.G.H.M. (Peloton de gendarmerie de Haute Montagne) et la C.R.S. des Alpes.

Mise en sommeil en 1975, la S.D.S.M. a été réactivée en 1997, par des anciens du P.G.H.M. et de la C.R.S., avec des membres de la S.D.S.M. des premières heures. Association loi 1901, elle est aujourd'hui active dans l'organisation ou la participation à des manifestations culturelles et sportives orientées vers des activités de montagne et dans les questions relatives à la sécurité et au secours en montagne.

Elle compte plus d' une soixantaine d'adhérents (dont six guides de haute montagne, deux moniteurs de ski, quatre cynotechniciens, 3 pilotes hélico., un médecin-ranimateur), tous sauveteurs expérimentés issus des rangs des bénévoles (certains sont octogénaires et au-delà) ou des professionnels retraités de la C.R.S. des Alpes , du P.G.H.M., de la Base hélicoptères et du S.A.M.U. 38 tous titulaires de l' "Insigne Fédéral de Secours en Montagne". Ces effectifs peuvent être renforcés par des montagnards chevronnés choisis pour leurs qualités morales
Retraités, mais toujours montagnards et imprégnés de la notion de solidarité et de service public auquel la plupart ont consacré leur vie, les membres de la S.D.S.M. ont choisi de continuer à prêter aide et assistance aux personnes, à titre bénévole et dans l'anonymat.

Ainsi, la S.D.S.M. assure l'encadrement technique de sorties organisées en montagne au profit d' enfants polyhandicapés et handicapés : au printemps, une sortie pédestre pour des enfants polyhandicapés de l'I.M.E.P. la Gachetière, à l'automne, une sortie pédestre pour de jeunes handicapés des I.M.E. de VOIRON, VOREPPE et VINAY et l'hiver, trois sorties skis-fauteuils au profit des enfants de l'IMEP. D'autres sorties ponctuelles sont organisées, sur des via ferrate et parcours accro-branches, en spéléologie avec le soutien en personnel et moyens logistiques des Unités opérationnelles (C.R.S., P.G.H.M.)

Quelques dates

- 1997 : premier rassemblement à Saint Christope (Oisans) des anciens sauveteurs de la S.D.S.M. avec ceux en activité de la C.R.S. et du P.G.H.M.
- 2000 : l'idée est émise d'encadrer des randonnées pédestres en montagne avec des enfants handicapés
- 2001 : première sortie pédestre à "Gève" avec les enfants de l'IMEP de la Gachetière
- 2002 : première sortie pédestre au "Plateau d'En-Paris" avec les enfants des IME Voreppe, Vinay, Voiron. Renaissance de la S.D.S.M. avec de nouveaux statuts .
- 2006 : première sortie ski de piste à VILLARDS de LANS.
- 2010 : première nuit en refuge de l'Etendart


UNE AVENTURE QUI CONTINUE...
par Raymond MOLLARET, Président de la S.D.S.M.[/center]

C'est Jean-Louis Grand, alors patron de la C.R.S. des Alpes, qui très tôt m'a fait connaitre Félix GERMAIN... et je l'en remercie encore ! Jeune officier, frais émoulu, sortant à peine des stages de formation montagne, je ne connaissais pas grand chose de mon futur métier qu'en fait j'allais surtout apprendre à leur contact. L'un parce que c'était mon Chef, l'autre parce qu'il était alors Conseiller Technique du Secours en Montagne auprès du Préfet de l'Isère et, qu'à ce titre, je le côtoyais régulièrement dans toutes les réunions, ici ou là.

De ces multiples contacts avec Félix Germain et indépendamment de l'aspect purement technique sont nés entre nous au fil des mois des relations humaines de bon aloi. Je respectais beaucoup cet homme. Dire qu'il m'avait "à la bonne" serait sans doute prétentieux... Peut-être appréciait-t-il ma volonté d'apprendre, de comprendre. Peut-être pensait-t-il déjà à transmettre..?

Alors , il ne s'en privait pas et combien de fois est-il revenu sur l'altruisme de ses compagnons méritants dévoués à la cause du Secours en Montagne au point que j'en suis toujours imprégné. Je l'entends encore vanter leurs mérites, ponctué d'anecdotes croustillantes !

Un pont entre les générations

J'étais en activité, quand le 24 août 1996, je suis invité à l'inauguration de l'extension du refuge de la Pilatte, je me trouve par hasard assis en face de Jean Cohard, justement un de ces sauveteurs de jadis, que désormais nous appelons respectueusement "vétérans". Cette rencontre fut particulièrement intéressante et la conversation porta rapidement sur l'idée de rassembler les vétérans d'antan et professionnels de maintenant. Cette rencontre venait à point nommé car je cherchais justement une idée forte pour marquer symboliquement le cinquantième anniversaire de la première opération des C.R.S. en montagne le 14 mars 1947 à Château-Bernard.

Banco!

Je connus rapidement d'autres "vétérans" de la S.D.S.M. : René GLENAT, particulièrement motivé par ce projet, et qui me fit l'honneur et l'amitié de me demander de préfacer son ouvrage "L'aventure de la Société Dauphinoise de Secours en Montagne", Marius Sodden, François Florence, Henry Dumas, René Petelaz, Jean Clapot, Baby Barnaud, Jean-Marie Breynat, Jean Lavigne... En 1997, sur les premiers contreforts de St Christophe, nous organisons même une opération de secours mixte avec les "vétérans" et les anciens C.R.S..... La mayonnaise prend bien...l'ambiance est chaleureuse, conviviale... Ce lien inter-génération manquait... Nous venons de le créer....Nous convenons alors du principe d'un rassemblement annuel.

Ce rassemblement prit même une tournure spéciale en 1998 quand nous réussissons à retrouver les traces de Lambert et Piegay, infortunés alpinistes immobilisés dans la face sud du Pavé, cinquante ans plus tôt, une opération restée dans les annales du secours en montagne, comme celle de l'Olan ou de l'Obiou ! Au coeur de l'Oisans, les retrouvailles des sauveteurs et des sauvés, un moment particulièrement émouvant..

Les anciens C.R.S. avaient repris contact avec leurs illustres prédécesseurs pour un rassemblement annuel oh combien sympathique mais devions-nous en rester là ? Devions-nous nous satisfaire d'un "déjeuner au restaurant", fusse-t-il intellectualisé par la visite d'un musée local ? Ne pouvions-nous pas continuer à "servir" ?

"Servir" autrement

Indépendamment du milieu du Secours en Montagne, mes contacts fréquents avec la Préfecture de l'Isère m'ont conduit incidemment à faire la connaissance d'Arlette Majoux, alors Chef du Service Social de cette institution. Le courant passait bien entre nous, peut-être aussi parce que son cousin Henri Majoux qui venait de décéder, était lui aussi un "vétéran" de la S.D.S.M. Une fois à la retraite, Arlette s'occupe de l'ANS-GMF , une association qui notamment grâce au fond de solidarité permet d'aider certaines institutions par des actions concrètes à caractère humanitaire... Je la rejoins dans ce créneau. Nous décidons de financer l'achat de matériels logistiques destinés à aider les enfants poli-handicapés de l'IMEP de la Gachetière.

A l'issue du "petit pot" organisé en 1999 à l'occasion de le remise officielle de ces matériels, Jean-Pierre Ruplinger, alors Directeur de l'établissement, interpelle le maigre auditoire présent par des messages forts voire provocants du type "Si vous revenez dans 10 ans que pour changer le matériel, vous avez tout faux !" "Aider nous à sortir le handicap de l'anonymat" ; au point que je ne peux rester indifférent à de tels propos et lui suggère mes services de "montagnard". Il accepte de suite!

J'évoque cette rencontre auprès de René Glenat qui, à son tour, adhère immédiatement au projet.

Ainsi les vétérans et ex-CRS se retrouvent le 16 mai 2001 au plateau de Gève avec une quinzaine de gamins polyhandicapés, harnachés dans leurs fauteuils. Nous avons quelques difficultés à "prendre nos marques" devant l'état de santé particulièrement dégradé de ces enfants .. Nous côtoyons et découvrons un autre monde.

La randonnée en montagne se résume en fait à pousser ces fauteuils sur quelques centaines de mètres d'un chemin presque carrossable. Puis vient le moment du repas ou nous donnons à manger à la cuillère aux enfants incapables pour la plupart de se nourrir par eux-mêmes. Nous nous transformons en "nounou", en "papi" voire "arrière papi", essayant d'avoir une relation affective avec les gamins, sans trop de succès apparent malgré notre bonne volonté... Nous installons les enfants pour une sieste réparatrice et en profitons pour déjeuner à notre tour avec le personnel soignant et éducatif avec qui nous faisons vite connaissance. Puis c'est le retour et l'installation compliquée des enfants dans les véhicules.

A l'issue de cette journée particulièrement émouvante et éprouvante, je me pose bien des questions : avons-nous été utiles ? Mes "soldats" vont-ils vouloir continuer! Je suis tellement sceptique à ce sujet que je contacte le soir venu un ou deux d'entre eux qui me répondent sans retenue : "c'était bien! on continue, bien sur!" Moi qui croyait connaitre mes compagnons "durs de chez durs" après de multiples années passées à leurs côtés, parfois dans les pires conditions , je leur découvrais encore d'autres qualités que j'étais loin d'imaginer. "Chapeau les gars!".

Renaissance de la S.D.S.M. pour d'autres missions

Alors, pour continuer, il faut mieux nous structurer administrativement et, plutôt que de créer une nouvelle association, nous décidons de faire revivre la Société Dauphinoise de Secours en Montagne (S.D.S.M.), association mise en hibernation depuis 1975 par Félix Germain. Petit clin d'oeil à notre glorieux ainé ! Alors René Glenat, Henry Dumas, René Petelaz et d'autres s'y attellent avec ardeur, remodèlent les statuts.... Ne voulant pas construire cette Association sans nos collègues du P.G.H.M., je sollicite Gérard Penin que je connaissais peu, à part son charisme. D'emblée, il accepte de nous rejoindre. Merci encore Gérard pour ton exemplarité ! Quand à mes collègues de toujours, Bernard Hastey, Pierre Carry, Raymond Gren, Jeannot Laboret ou Jo Lacombe, ils sont toujours présents aussi bien dans les tâches obscures de bureau que sur le terrain, infatigables, inusables, au grand coeur !

Un tel concept associatif est unique sur le territoire national. La S.D.S.M. vient de se voir attribuer l'agrément Jeunesse et Sports.

Nous avions convenu que l'équipe de vétérans conduite par René Glenat assurerait pendant trois ans les postes clés de l'Association et qu'après cette période de rodage, cette équipe passerait le relai aux ex-professionnels du Service Public, ce qui fût fait en 2004 un peu à l'image de 1958 quand les bénévoles laissèrent la place aux puissants moyens de l'Etat en personnels et matériels.

Côté terrain, au fur et à mesure de l'augmentation de nos effectifs des C.R.S., des gendarmes et de la Base hélicoptère, nous diversifions nos activités notamment avec les gamins plus marchants des I.M.E. de Vinay, Voreppe et Voiron avec qui, nous pratiquons la randonnée, la via-ferrata, la spéléologie. Mais nous n'abandonnons évidemment pas ceux plus atteints de l'I.M.E.P., leur offrant notamment la pratique du ski-fauteuils. Ayant appris nos actions, quelques autres établissements d'enfants ou d'adultes handicapés viennent parfois se greffer opportunément à ces sorties.

La S.D.S.M. a su évoluer.... Jadis, cette association constituée de bénévoles était en charge des opérations de secours en montagne dans la région. Au fur et à mesure de l'avènement des sports de montagne, les activités se sont multipliées, les opérations de secours aussi... de plus en plus hautes, de plus en plus difficiles, de plus en plus lointaines. Après la tragédie des jeunes alpinistes Vincendon et Henry, morts d'épuisement sur le Grand Plateau du Mont Blanc, les sauveteurs bénévoles se sont progressivement retirés du circuit "opérationnel" laissant la place aux P.G.H.M. ou C.R.S., assistés des moyens aériens de la gendarmerie ou de la Sécurité Civile et des médecins du S.A.M.U. Le Secours en Montagne est devenu une affaire de professionnels.

La S.D.S.M. s'est alors mise en sommeil et paraissait à jamais assoupie, lorsque ces différentes rencontres impromptues en ont décidé autrement. Quel cheminement ! Avec le soutien amical et fidèle des vétérans, les sauveteurs retraités P.G.H.M./C.R.S./Base, aux parcours montagne difficilement égalables, un peu grisonnants mais toujours enthousiastes, peuvent désormais continuer leur mission d'assistance en tendant la main à ces gosses fragilisés, anéantis par des handicaps mentaux et physiques parfois lourds, dès leur naissance.

Comment ces gamins perçoivent-ils notre action ? Pour ceux de l'I.M.E.P., hasardeux de répondre tant leurs réactions gestuelles ou audibles sont difficiles à décrypter. Nous pouvons être plus affirmatifs pour ceux des I.M.E. dont la joie est perceptible. En tous cas, le personnel soignant et éducatif et les familles sont catégoriques et ne cessent de nous encourager à poursuivre. "Il y a maintenant deux fêtes: celle de Noël et celle de la Montagne!" nous confie Odile BUTTIN, l'actuelle Directrice de ces établissements spécialisés.

Quand à nous, anciens du secours, l'assistance à ces gosses nous permet de temps en temps, dans un autre contexte, de nous rencontrer sur un terrain que nous avons tant fréquenté, tant parcouru, tant aimé, même si, ici ou là, il peut nous rappeler certaines tragédies. Cette nouvelle mission nous oblige à rester "actifs", solidaires, à donner encore un peu de temps et d'énergie tant que nous le pourrons, à servir encore à quelque chose. Elle nous protège d'une retraite aseptisée, repliée sur nous-mêmes, sans projet, pour tout dire insignifiante...

Alors René, sois tranquille, "l'aventure de la Société Dauphinoise de Secours en Montagne" continue et évolue. Depuis cent ans, c'est une belle et grande aventure humaine ! Qu'elle dure encore longtemps !

"Quand les Hommes oeuvrent ensemble, la Montagne se transforme en or"