Le secours en montagne

Le drame qui changea beaucoup de choses.
Il y a une soixantaine d'années, pendant l'hiver 56 / 57 disparaissaient dans les pentes du Mont Blanc, VINCENDON et HENRY, ...malgré de multiples tentatives de sauvetages, toutes infructueuses. La lente agonie de ces 2 jeunes alpinistes émurent l'opinion publique pourtant bien moins informée ( une chaine de télé, noir et blanc,..) que de nos jours.
Face à ce drame épouvantable, les Pouvoirs Publics prirent la décision de confier en 1958 la conduite des opérations de Secours en Montagne aux sauveteurs professionnels des CRS et des Gendarmes suivant généralement le principe de l'"alternance hebdomadaire" proposé par Félix GERMAIN. Le Secours en Montagne changea aussi de tutelle en passant à celle du Ministère de l'Intérieur.
La disparition dramatique de VINCENDON et HENRY provoqua ainsi un changement considérable dans l'organisation du Secours en Montagne en France.

Vidéo de l’INA (5mn 44s): cliquez ici
Une autre vidéo (1h 33mn): cliquez ici (parfois débute par de la pub)
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Participation des CRS au Secours en Montagne période 1947 - 1959
par Jean Louis GRAND, ex-Commandant de la C.R.S. des Alpes

Ce dossier a été constitué pour demander à ce que le nom du premier commandant du CNEAS/CRS figure comme éponyme sur le fronton du CNEAS.
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Les “ Services de garde” d’antan
par Raymond MOLLARET, ex-Commandant de la C.R.S. des Alpes


A travers l’hommage posthume dédié récemment à l’un de nos plus illustres « vétérans » Jules CHARAMATHIEU (cf sur ce site « portraits »), apparaît l’organisation opérationnelle des secours dans les années 50, à une époque où les sections ou pelotons de montagne des CRS et gendarmes n’existent pas « officiellement », ni les moyens héliportés, ni les médecins du SAMU…

Pourtant, à regarder d’un peu plus près, les CRS ont commencé leurs premiers pas (1ère intervention le 14 mars 1947 au Moucherotte). Nous voyons aussi apparaître sur les listes SDSM ( voir annexe ) le pilote Henri GIRAUD (Avion Choucas) et le Docteur François FLORENCE, un peu en précurseurs des moyens aériens héliportés et de la médicalisation du secours en montagne actuels.

Dans ces années 50, au sein de la SDSM, les volontaires d’antan se sont déjà organisés en établissant des « astreintes » et des « services de garde » ( voir annexe ) en fonction de leurs disponibilités et de leurs capacités techniques. Sur la fiche de volontariat / recrutement ( voir annexe ), le Président de la Société apprécie « la valeur alpine » du postulant-sauveteur qui conditionne sa participation aux opérations suivant leurs natures et leurs difficultés. Le sauveteur sait-t-il skier ? Fait-t-il un peu de spéléologie ? Par exemple, une note spécifique cite les personnes susceptibles d’intervenir pour « Sornin » ( voir annexe ) à destination du « Gouffre Berger ».

Les sauveteurs disposant d’un téléphone personnel sont particulièrement les bienvenus. Mais, compte tenu de leur rareté, le rappel des effectifs n’est pas si facile. Les anecdotes en la matière plus ou moins croustillantes sont multiples… On raconte en outre qu’un policier part du commissariat en vélo sillonner les rues de Grenoble pour prévenir les sauveteurs, ou qu’un sauveteur intervient dans un cinéma, en pleine séance de projection, pour « rappeler » un compagnon confortablement installé…

Pourtant, ces volontaires se mobilisent pour faire face aux appels de détresse sur leur temps libres, sans trop de moyens, à la sueur de leur front et…. bénévolement ! Rappelons en outre l’Obiou, les Mines de l’Herpie, le Pavé…. Et tant d’autres opérations moins célèbres. Chapeau Messieurs !

Néanmoins, après la guerre, les sports de montagne se développent et les interventions de secours se multiplient, plus hautes, plus loin, plus difficiles. Le drame de VINCENDON et HENRY pendant l’hiver 56/57 conduit les pouvoirs publics à confier le secours en montagne à des professionnels mieux équipés, mieux entrainés… mettant progressivement un terme à cette très honorable époque du secours certes « amateur » mais oh combien respectable.


L'histoire

Rapide chronologie du secours en montagne

- La première mention d'un secours organisé en montagne remonte au Xème siècle. Il a pour théâtre les cols du Grand Saint Bernard (2 473 mètres) et du petit Saint Bernard (2 188 mètres), dans les Alpes, ou des moines et leurs chiens secourent les voyageurs en difficulté dans ces voies de grand passage entre l'Italie et la France.

- Au XIXème siècle les pélerins ou voyageurs à pied perdus dans les tempêtes de neige ou le brouillard sont rares, mais les "ascensionnistes", comme on disait à l'époque, se sont multipliés, à l'assaut des sommets. En 1897, après une série de drames de la montagne, est créé la société des Sauveteurs volontaires du Salève, par des Hauts-Savoyards et des Genevois, société toujours en activité.

Le Comité dauphinois de secours en montagne voit le jour en 1910. Ses membres, tous volontaires et tous bénévoles participeront à de nombreux sauvetages en montagne, souvent héroïques, entre 1910 et 1950.

Après la seconde guerre mondiale, la fréquentation de la montagne s'accroât et les accidents se multiplient. Les opérations de secours deviennent de plus en plus fréquentes. Des volontaires y perdent la vie. En décembre 1956, deux jeunes gens de 23 et 24 ans, Jean Vincendon et François Henry sont pris par la tempête lors d'une course hivernale au Mont Blanc. Les risques d'avalanche rendent difficile tout secours pédestre. L'opération de secours est confiée à l'armée, dont un hélicoptère s'écrase sur lieux ou sont bloqués les deux hommes et ou ils mourront bientôt. Pendant dix jours, depuis la ville de Chamonix, on avait pu suivre le drame à la longue-vue. L'émotion du public est vive en France.

En 1958, l'Etat confie les secours en montagne, devenus "mission de service public" aux gendarmes et aux C.R.S. Dotés de puissants moyens, capables d'intervenir à tout moment, le Peloton de gendarmerie de haute-montagne (P.G.H.M.) et la C.R.S. des Alpes, se composent d'alpinistes de très haut niveau, entraânés et aguerris à toutes les formes de secours en montagne.

1975 : mise en "hibernation" de la S.D.S.M.


L'insigne Fédéral du Secours en Montagne



par Raymond MOLLARET, ex-Commandant de la C.R.S. des Alpes

Président de la S.D.S.M.

La création de cet Insigne revient à Félix GERMAIN en 1949.


Cette idée lui est venue lors de ses nombreux échanges avec ses homologues de l'arc alpin dans le cadre de la Commission internationale dite "C.I.S.A. - I.K.A.R.". Les Autrichiens avaient en effet instauré un insigne distinctif pour les sauveteurs en montagne de leur pays qui s'étaient illustrés dans des opérations de secours. Félix GERMAIN ne pouvait en rester là et ne rien faire pour "ses" compagnons français qui, eux aussi, s'étaient montrés à leur avantage dans de nombreuses opérations d'envergure comme celle de l'avion de l'Obiou (le "premier", en 1946), du Dakota à la Grande Moucherolle (1947) ou celle du Pavé, un an plus tard.

Avec son collègue et ami Jo VEILHANT, professeur au Lycée Champollion, il s'inspira de l'insigne autrichien en conservant la croix traditionnelle du Secours. L'édelweiss, fleur représentant bien le milieu de la montagne étant déjà apposée sur l'insigne autrichien, il choisit d'y faire figurer la gentiane bleue (de Koch), autre fleur mythique de nos montagnes.

Félix GERMAIN décida d'attribuer cet "insigne", et non "médaille" comme il aimait tant à le souligner, aux sauveteurs de tous corps ayant effectué au moins 3 opérations de secours, ce qui est toujours le cas actuellement. Une exception cependant quand l'A.L.A.T. s'est vu décerner (1989) cet Insigne en tant qu'unité opérationnelle pour plus de 4 000 opérations de secours.

Les sauveteurs en montagne tiennent à cet Insigne qu'ils appellent plus communément "le berlingot". Ils l'arborent fièrement agrafé à leur uniforme, parfois plus que leur plaque de Guide pourtant particulièrement honorable. Au vu des dossiers précis et argumentés, Félix GERMAIN, tant qu'il a pu, tenait au nom de la F.F.M.E. à remettre lui-même cet insigne lors de cérémonies empruntes d'une parfaite solennité et ponctuées de discours qui raisonnent encore dans les cours de casernements, en Préfecture ou devant le poste de secours de La Bérarde.

"L'insigne de Secours en montagne ne se remplace pas," répétait-il "car, précaution extrême oblige, il ne se perd pas !"



Cet Insigne numéroté est toujours attribué par la F.F.M.E. Au sein de notre Association, il est le signe distinctif entre les "membres actifs" et les autres valeureux compagnons de la S.D.S.M. Depuis quelques années, nous le faisons figurer respectueusement en tête des courriers officiels de la S.D.S.M. il est ainsi devenu progressivement notre "logo". Nous avons l'impression que Félix GERMAIN, son inventeur, membre et Président éminent de la S.D.S.M. pendant de longues années, veille encore sur nous de manière bienveillante et nous encourage à poursuivre son Å“uvre, un peu différemment, auprès d'autres personnes en difficulté : les enfants handicapés.

La détentrice de l'insigne n°1 serait Jeanne FOLCHER, secrétaire émérite de la S.D.S.M. n°2 : Félix GERMAIN, n°3 Marius SODDEN, tous disparus. Nos glorieux "vétérans" sont parmi les premiers à être détenteurs de cet Insigne. Citons "Baby" BARNAUD n° 5, Jean LAVIGNE n° 20, Henry DUMAS n° 56, Jean LABORET n° 339 et aussi notre plus jeune récipiendaire : Didier GABUT n ° 3266 en janvier 2009 !!

Félix GERMAIN serait probablement étonné de voir que 20 ans après sa disparition, "son" insigne existe encore et toujours autant convoité. Il pourrait être aussi surpris de constater, qu'entre autre vertu, cet insigne a le mérite de réunir fraternellement les hommes de bonne volonté de toutes générations, tous corps confondus, qui ont choisi cet idéal : celui d'avoir servi et servir encore avec honneur et passion dans les Associations ou Unités de "Secours en Montagne".
Voir le document sur la création de l'insigne fédéral


La Sécurité Civile

Quelques dates marquant l'évolution du Groupement Hélicoptère
Par Marc LAFOND

Dans les années 1949 / 1950 l'Adjudant de TADDEO du Centre National d'Instruction de la Protection Civile (C.N.I.P.C.) planche sur les moyens d'intervention du secours aérien héliporté, aidé par le Commandant CURIE des Sapeurs Pompiers de PARIS et font, avec un Hiller 360, les premiers essais qui s'avèrent concluants.

Les deux hommes présentent les résultats sur le plan national mais à l'époque l'effort de guerre en Indochine prime, la situation en Algérie se dégrade et la priorité est alors donnée à l'équipement des trois armes (Terre, Air, Mer).
Le Commandant CURIE officialise alors avec l'aide de Fenwick Aviation et l'aval des S/P de PARIS les premiers moyens aériens avec un Bell 47 G. Nous sommes fin 1954 / printemps 1955 et le premier Groupement Hélicoptère Ministère de l'Intérieur de Protection Civile voit le jour.
Au cours de l'année 1956, deux bases sont expérimentées : GRENOBLE le 15 Juillet et LORIENT le 25 novembre. Au cours de l'hiver 1956 / 1957 la tragédie du Mont Blanc occasionnant le décès de VINCENDON et HENRY, deux jeunes alpinistes de 22 ans "abandonnés vivants" engendre la polémique et incite le G.H. et l'Etat à réagir en créant officiellement les moyens aériens de secours dotés d'équipements performants dans chaque département dit "à risques".
Le 19 juin 1957, le "G.H." voit le jour officiellement, rattaché au Service National de la Protection Civile.
La Protection Civile est née.
Un jour de Juillet 1957 se présente à la Préfecture de GRENOBLE deux équipages (pilote et mécanicien) Mrs FROMMWELLER, LEPLUS, MONTMASSON et MARET. La toute première base du G.H. est implantée à Mermoz, actuel Grand Place Alpexpo ; Le Versoud ne sera créé qu'avec le projet des Jeux Olympiques de 1968.
La première dotation à Grenoble fut un Bell 47 G2 moteur à pistons, pales en bois, 3 places en cabine, 2 civières extérieures. Les performances de la machine sont limitées.
Eté 1958 : 1er Alouette II, découverte du vrai vol performant en montagne et aussi une curieuse consigne de l'époque (interdiction de récupérer les gens décédés). Les missions de ce type seront encore longtemps effectuées à dos d'hommes par les caravanes des sociétés de secours terrestres.
1962 : arrivée de la "Reine des Montagnes", l'Alouette III, plus puissante, équipée d'un treuil pneumatique, capacité de charge importante.
1982 / 1983, les Dauphins biturbines arment le parc des bases maritimes.
1986, l'Ecureuil bombardier d'eau (H.B.E.) arme le parc feux de Forêts.
2001 : 1er BK 117 C2 EC 145
Dans les années "60", le Sous-préfet Francis ARRIGHI convainc les autorités de l'époque de la nécessité de créer une base avions bombardiers d'eau afin de sauver la forêt de France et en particulier la forêt méditerranéenne. L'ensemble de ces moyens comporte actuellement environ 45 hélicoptères et 40 avions pour un personnel de 125 techniciens et administratifs et 325 "navigants".
Aujourd'hui, le G.H. est devenu Groupement des Moyens Aériens (G.M.A.) de la Sécurité Civile qui, avec toute flotte confondue hélicos + canadairs (Marignane), se trouve être la 2ème flotte après Air France soit :
- 22 implantations hélicos dont une en Guadeloupe,
- 1 implantation avions à MARIGNANE (CL 415 Canadair, Tracker, Dash 8, King 200),
- 1 implantation maintenance à NIMES-GARON.
Du moteur à pistons à la turbine à gaz, de l'échelle de cordes au treuil, de l'équipement minimum à l'électronique et l'informatique, du vol à vue aux jumelles à vision nocturne (j.v.n.), du faible espace et poids embarqué pour arriver au cargo (version Nord Atlas, ouverture par l'arrière), que de chemin parcouru ! Désormais, le biturbine EC 145 montre une évolution saisissante en pouvant emmener à grande vitesse 8 passagers en plus de l'équipage, un treuil de 90 m.
En hommage au fondateur des premiers moyens de secours aériens du territoire français, la base de NIMES, base de maintenance aéronautique et site administratif central a décidé de se nommer :
Base "Lieutenant-colonel Frédéric CURIE"
Grand résistant, homme de combat, mort dans son lit fin 1956 d'une crise cardiaque, cruel paradoxe pour un homme d'actions, Frédéric CURIE, fut de ceux- là, inlassable promoteur du sauvetage hélico. dans les années "50" et fondateur du G.H. P.C.
Un vers de Victor HUGO peut illustrer sa vie :
"CEUX QUI VIVENT, CE SONT CEUX QUI LUTTENT"

Adieu "Reine de la Montagne"!
par Marc LAFOND

On ne verra plus voler l'AL III rouge, véritable "St Bernard des Neiges" qui, même si elle a repris du service de façon épisodique, est officiellement en retraite depuis le 16 mai 2009, retraite bien méritée au musée de l'Air du Bourget. Des honneurs légitimes lui ont été rendus par les Autorités et en présence de nombreuses personnes du Groupement Aérien, particulièrement émues en la circonstance.


Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de l'Intérieur et Valérie ANDRE, Pilote Hélico, Générale de l'Armée de l'Air ont tenu à faire le déplacement pour la saluer symboliquement, une dernière fois....Elles étaient accompagnées pour la circonstance du très médiatique Michel DRUCKER, passionné lui-même de pilotage et ami fidèle des "hélicos".

Après 47 ans de bons et loyaux services sur le territoire et pas moins de 155 000 personnes Secourues, l'Alouette III va rejoindre progressivement les différents musées aéronautiques et s'inscrire dans la mémoire des équipages qui, avec bonheur, fierté et talent, se sont succédés à ses commandes.... Que d'heures de vol, par tous les temps, tout au long de l'année... Que de moments intenses dans les difficiles conditions d'approche ou les périlleuses opérations d'hélitreuillage.... avant de plonger avec soulagement dans la vallée... Mais que de temps gagné pour les victimes, que de peines épargnées pour les sauveteurs de la S.D.S.M. ou autres sociétés de secours qui, jusqu'en septembre 1957 (création du Groupement aérien), devaient rejoindre systématiquement à pieds les lieux de l'accident, lourdement chargés... et souvent redescendre les victimes à dos d'homme...

Saluons aussi la mémoire de nos collègues qui ont laissé leur vie en voulant sauver celle des autres...

L'Alouette III est remplacée par le BK 117 dénommé aussi EC 145, bi-turbine plus puissant, plus rapide, aux capacités d'hélitreuillage optimisées...

En même temps que nous disons "Bonne retraite" à l'Alouette, souhaitons la bienvenue et "bons vols" à ce nouvel appareil qui lui aussi marquera probablement son époque avant qu'il ne soit remplacé, à son tour, dans une quarantaine d'années...

Ainsi va la vie...