Abel BARNAUD, plus connu sous le pseudo " Baby ", nait à GRENOBLE le 12 décembre 1917. L'honorable doyen de notre Association est très vite attiré par la montagne puisqu'à l'âge de 20 ans, il gravit déjà le Mt Blanc juste avant son Service National qu'il effectue en 1937 au 3ème Régiment des Tirailleurs Marocains. Libéré en 39, il est à la " GRIMP " un des alpinistes les plus en vue avec ses amis SODDEN, Max PUISSANT, Jo LEGER, COQUAND, Martial RAVANAT. Il est particulièrement copain avec Marius SODDEN avec qui il prend des cours à l'APPS pour passer le CAP de mécanique automobile et qui l'emmènera à participer aux opérations de secours.
En ce temps là, " on allait chercher un copain ! .. " dit-il ! L'alerte arrivait au Commissariat, un fonctionnaire de Police partait avec son vélo prévenir les sauveteurs listés sur une feuille de papier établie par Jules CHARAMATHIEU.
Jules n'était pas vraiment un sauveteur de terrain mais il avait un commerce d'équipements de montagne " rue Brocherie " ou l'ambiance était proche de celle d'un refuge. Les montagnards aimaient bien s'y retrouver pour échanger. Jules avait surtout le téléphone, équipement plutôt rare et précieux à cette époque.
Autre équipement peu courant de l'époque : la voiture ! et " Baby " pouvait en disposer plus facilement car ses parents tenaient un atelier de mécanique. Du coup, la " traction " de Baby était souvent sollicitée.
Baby a participé à la plupart des opérations qui font partie des annales du Secours en Montagne :
- L'Obiou, " le premier ", en 1945, en temps de guerre, lors du crash de la Forteresse volante américaine heurtant la montagne dans le sens Nord- Sud.
- Au Pavé en 1948 pour le sauvetage de LAMBERT et PIEGAY, alors qu'il revient de la Meije avec Max PUISSANT et Pierre GIROD
- Aux Mines de l'Herpie, en 1950 ou le souffle d'une avalanche a soufflé les cabanes des mineurs.
- L'Obiou, " le deuxième ", également en 1950 lors du crash de l'avion transportant des pèlerins canadiens, heurtant de l'aile droite l'arête sommitale.
Sont-ce ses connaissances en mécanique, ses aptitudes à bricoler, ses facilités à profiter des moyens de l'atelier de ses parents devenu le sien, son ingéniosité naturelle? Sans doute un peu de tout cela qui a fait que Baby s'est particulièrement investi dans l'amélioration des moyens et techniques d'intervention. Le déclic est probablement survenu lors d'une de ses toutes premières opérations ou il a dû redescendre un cadavre sanglé autour d'un chevron de bois. La descente du Vallon de la Pilate s'est révélée ce jour-là particulièrement longue. De là l'idée d'un profilé métallique central muni à chaque bout d'une fourche qu'on appuie sur les épaules répartissant mieux la charge et limitant le balan. La " Perche BARNAUD " vient de naâtre dans les années 50, fabriquée plus tard à plus d ‘un millier d'exemplaires. Vient aussi le " cacolet ", sac en toile facilitant le transport de victimes à dos d'homme ou sous la perche.
Baby devient le collaborateur du Cdt Sauveur Piguillem des C.R.S. avec qui il met au point la célèbre " perche Pigui " toujours utilisée de nos jours, les " poulies – frein " qu'il fabrique lui-même, etc., etc.
De toutes ses aventures montagnardes, Baby laisse évidemment quelques plumes : le coude, la jambe. Ce qui l'a le plus marqué est d'être le témoin direct de l'explosion de la grenade fumigène piégée dégoupillée dans la cour de la caserne CRS rue Cornélie Gémond tuant sur le coup le Capitaine Robert. C'est depuis ce temps que le casernement de CRS porte le nom de l'infortuné Officier.
Avec son épouse Andrée, Baby coule des jours heureux à la maison de retraite de Vernaison construite sur une hauteur bordant le Rhône et son canal. Ici, la vallée est large, les eaux tranquilles les coteaux avoisinants arrondis bien loin de l'étroitesse de la route de La Bérarde, des remous du Vénéon et de la grandeur de la haute montagne que Baby a tant fréquentée.