Ce sommet culminant du Dévoluy (2 790 m), en limite des départements isérois et haut-alpin est un objectif prisé des randonneurs qui partent le plus souvent de CORPS/ PELLAFOL pour y accéder. Bien que classique, son ascension n'est pas vraiment anodine à cause d'un passage en traversée montante en dévers sur un rocher friable qui demande attention. Plus haut, l'itinéraire devient aérien mais le rocher est alors solide et la "grimpette" agréable. Côté logistique, il vaut mieux remplir les gourdes car les sources sont rares en pleine chaleur estivale dans ces lieux arides ou l'on dit que même le rocher transpire.
Mais l'Obiou est surtout connu pour avoir été, le 13 novembre 1950, le théâtre d'une importante opération de secours. Ce jour-là, un DC4 "Canadian Pilgrim" ramenant au Canada des pèlerins en provenance de Rome accroche d'un rien l'arête sommitale. L'avion venant du sud heurte la crête du Malpasset et bascule dans la face nord. Aucun survivant ! Les corps des 58 passagers et membres de l'équipage sont éparpillés sur un immense éboulis : "le casse Fouira". Leur évacuation s'effectue sur le versant Nord par la ligne de plus grande pente, Casse Fouiara (Casse Rouge),Couravou, Casse de l'Obiou (ou de Bachillianne), ravin des Achards et Croix de la Pigne sur la route D 66 prés du barrage du Sautet.
Quasiment tous les randonneurs ont entendu parler de cet accident. Certains s'écartent du sentier pour aller voir les lieux ou les débris de l'appareil sont encore nombreux.

Plus rares sont ceux qui au retour emprunte la route du sanctuaire de la Salette pour se recueillir dans un lieu spécifique ou sont rassemblées toutes les dépouilles des victimes de cette catastrophe. Notre compagnon Maurice BRUN a été un des artisans d'une commémoration émouvante rassemblant familles des victimes et sauveteurs à l'occasion du 60 ème anniversaire de cette opération de secours dirigée par son grand oncle Félix GERMAIN (lire le rapport ci-dessous).
Notons aussi qu'au village de PELLAFOL, un local rassemble tous les documents et matériels divers concernant cet évènement historique.

Celui beaucoup moins connu mais presque aussi dramatique est survenu 4 ans plus tôt, le 29 août 1946 un Dakota américain heurte (*) la montagne et s'écrase dans le secteur de Casse Rouge. L'épave de la forteresse volante est découverte par des chasseurs locaux un mois plus tard soit le 29 septembre 1946. Les 8 membres de l'équipage et les passagers sont carbonisés, non identifiables. Le 10 octobre, la S.D.S.M. est sollicitée pour redescendre les corps des infortunés américains.

Avec Marius SODEN, chef de l'opération, participent Baby BARNAUD , René PETELAZ, Martial RAVANAT, Edouard PERRIN, Paul VITTE, WILLIAM, Henri MAJOUX, Noël COQUAND, Jacques BERGERET, Jean COHARD et le docteur François FLORENCE (**). Toute cette bonne équipe quitte GRENOBLE peu après minuit à bord d'un GMC américain bâché et arrive au hameau de Longueville (alt. : 1 040 m) à 2h45. Plusieurs jeeps et une semi-remorque contenant des cercueils sont sur place. Les américains leur fournissent des rations K qu'ils mangeront par la suite au refuge.

A la lueur des torches, ils taillent sur place des perches de bois qui leur serviront au transport des corps. Ils passent au refuge de Rochassac à 5h30, suivent l'arête du Rattier puis atteignent le Col du même nom (2 373 m) à 7h45. Une précédente équipe SDSM a glissé les corps dans des sacs étanches entreposés au col. Nos compagnons sanglent alors ces sacs sur des perches de bois et par équipe de 4, à partir de 8h30, entament le long cheminement dans la caillasse, l'arête, le couloir et la prairie avant d'arriver au refuge peu avant midi. Après un solide casse-croûte, ils poursuivent la descente en portant parfois à dos les corps ou en les traânant sur des branches de sapin. Ils arrivent enfin à Longueville vers 15h00. Là, des militaires américains leur offrent un excellent chocolat chaud bien réconfortant servi à volonté à partir d'un percolateur puis prennent les corps en charge. Contrairement à l'itinéraire du Couravou, qui est utilisé pour les Canadiens en 1950,les dépouilles sont évacuées par l'Ouest, en direction du col de Ratier, de Rochassac à St Baudille et Pipet.
Tous les SDSM rentrent à GRENOBLE vers 18h00.
Nous avons la chance et l'honneur de compter parmi nous, à la S.D.S.M., trois anciens sauveteurs (peut-être sont-ils les seuls ?) ayant participé à ces 2 opérations qui font partie des annales du Secours en Montagne : Baby BARNAUD, notre doyen, René PETELAZ et Jean COHARD qui ont bien voulu nous rapporter leurs souvenirs notamment de l'opération de 1946. Pour Jean et René, ce fût la première d'une longue série.

* les impacts au sol du DC4 canadien et du Dakota américain ne sont pas très éloignés. L'un volait sud-nord, l'autre nord-sud a percuté la face Nord à 30 m de la crête de Malpasset, au dessus de la Casse Rouge. Les 2 appareils ont basculé en face nord dans la même zone.
** liste non exhaustive.



Complément :

Obiou 1950 : 17 ème opération des CRS : ont participé Cdt ARSIMOLLES, Lt ROBERT Jean , RIOLLET Emile, B/C JOUVE, Gds Jules PRAT, Henri ROUX, Marius BARNEOUD, André FALQUET, BOURDAUD'HUI, André DIDIER, Maxime DIOT, Irénée CORJON , Jean-Marie BONNEFOY, Georges HOTE, Jean-Claude ALLERME, Jean ILPIDE, Jean LABORET, DUVERNAY, VOSSENAT, Raymond BELLIN, François BELLET, Roger BEAUQUIS, Charles BURCKEL, Jean FEUILLADE, Pierre GARDIER, Alphonse GUILLAUME, Agathange BOCHET, Joseph DUPUIS, Clément DUVERNAY, Paul PRET, LAMOTTE Georges, Raymond GAUTHIER.

Lire le rapport établit par Félix Germain

Consulter aussi : Accident d'un avion pèlerin canadien en 1950 à l'Obiou.

NDLR : Les photos montrées dans cet article ont été prises lors de l'accident de 1946.