2018 va marquer le 50ème anniversaire des JO de GRENOBLE. Certains d’entre nous se souviennent de cet évènement mondial avec la venue du Général de Gaule en personne prononçant la célèbre formule, « Je déclare l'ouverture des Jeux Olympique de GRENOBLE » avec l’accent inoubliable qui le caractérisait.
Les images en « noir et blanc » occupent parfois nos écrans : Le Général, la gare SNCF, le village olympique, l’autoroute,.. et sur les pistes, l’avènement du ski de fond à AUTRANS, les sauteurs à ski du tremplin de St NIZIER et surtout les trois victoires de Jean-Claude KILLY à CHAMROUSSE, faisant de lui une légende du sport français ! … !
Pour assurer la sécurité, il y avait déjà des CRS et Gendarmes !
Bernard, un des rares CRS encore de ce monde qui a vécu cet évènement raconte :
« En 1967, il y eut d’abord les préolympiques avec une démonstration de secours du premier étage de la Tour Effel sous l’égide de M. MISSOF, alors Ministre de l’Intérieur. Nous avions installé un téléphérique et fait une descente en rappel. Je me rappelle de quelques collègues : B/C NEVEUX, Bg BELLET, GIRAUD Jean-Paul, GOEPEL Denis, MARION, ANTOINE- MILHOMM, BAILLUS Christian E
Une réception s’ensuivit avec présentation de produits régionaux.
Au mois de février 1968, avant la compétition, gendarmes en tenue d’été et CRS en tenue d’hiver accueillaient les notables de tous horizons, le Préfet VERGER étant le grand ordonnateur de ces réceptions.
Sous les ordres du Cne DURAUD et du Lt GIRARDIN, et le logo mascotte du petit « schuss », tous les effectifs de GRENOBLE (45..) furent affectés à la sécurité des disciplines alpines, hommes et femmes, à CHAMROUSSE. Au préalable, nous nous étions joints aux militaires du 6ème BCA pour damer à pieds les passages les plus pentus de la descente Homme et Femmes. Les dameuses géraient le reste de la piste.
Nous étions logés précairement dans les garages de l’altiport sur des « lits Picot » avec comme consigne : ne pas tomber malade ! Consigne respectée puisqu’aucune défection ne fût à déplorer même si personnellement atteint d’un flegmon aux amygdales, un médecin du 6ème BCA me mit aux antibiotiques pendant 2 jours.
Je fis équipe avec Yves MAILLARD à la « compression », juste avant le schuss final. Une jeune femme bénévole médecin à PAU était en poste avec nous, pour l’occasion. La pauvre a beaucoup souffert du froid. Alors, avec Yves, nous lui avons construit un igloo pour qu’elle se protège un peu. Un militaire passait régulièrement pour nous proposer une boisson chaude particulièrement appréciée. Après le « service » nous mangions au réfectoire de l’altiport.
Nous étions habillés du fuseau, d’un pull écussonné et d’un anorak et de poste radio assez lourd..
L’américain BILLY KID fût le seul blessé à cet endroit…. Blessé à l’épaule, il put redescendre par ses propres moyens.
Cette descente « homme » partait de la Croix de CHAMROU SSE jusqu’au pied de Casserousse. Elle était très technique. KILLY la gagna devant un autre Français, Guy PERILLAT et un Suisse DATWYLER.
Le jour du « slalom spécial », un brouillard tenace allait faire naître une polémique. Karl SHRANZ donné vainqueur dans un premier temps fût déclassé pour avoir raté une porte au profit de KILLY remportant ainsi sa troisième médaille d’or, ce qui le fit rentrer dans la légende de ce sport. Ce jour-là, j’évacuais par le traineau « sylvan » le Finlandais MANINEN qui se fracturait la jambe.
Le bilan pour nos formations fut positif ! Dix ans après notre création officielle, nous participions à un service
d’envergure. Nous avions pour l’occasion quitté le béret de Chasseurs Alpins pour la casquette et profité d’obtenir des tenues plus en rapport avec notre spécialité.
Les JO d’ALBERTVILLE en 1992 fût autre chose notamment dans sa dimension sportive et médiatique. Une soixantaine de CRS montagnards de la CRS Alpes et des autres sections montagne, le tout commandé notamment par le Commissaire GRAND et le Commandant MOLLARET, était chargé de la sécurité (pas du secours…) du secteur phare du ski alpin : celui de VAL d’ISERE et son impressionnante descente de « la Face de Bellevarde » que beaucoup appréhendaient par sa raideur, et pas seulement les coureurs ! En effet pour l’avoir descendu cent fois, nous en connaissions le profil et pour la circonstance, elle avait été « bétonnée » au point que nombre d’entre nous avaient prévu les crampons pour si besoin la traverser... En fait, elle présentait l’avantage rare d’être visible quasiment du haut en bas par un public avide de grand spectacle.
Ce jour-là, il neigeait le matin mais la météo annonçait quand même une fenêtre de ciel bleu suivie par les ingénieurs les plus pointus du moment. Tout le monde était suspendu à son cheminement sur les Alpes jusqu’au moment du départ où elle inonda comme par miracle l’épreuve reine de ces Jeux Olympiques. Les magnifiques images de soleil de la Face pouvaient alors traverser le monde en direct juste le temps de la compétition qui bénéficia alors des meilleures conditions. Ces circonstances magiques effaceront en partie l’exploit sportif du sculptural autrichien ORTLIEB devançant de peu notre compatriote Franck PICCARD…
Du coup, les autres disciplines alpines épargnées par cette « pression » météorologique deviendront presque anecdotiques mis à part dans la raquette d’arrivée les frasques bruyantes mais sympathiques du fan’s club d’Alberto TOMBA, alias « la Bomba », transalpin qui régnait alors en maître entre les piquets de slaloms.
Nous logions tous, sur place, confortablement installés à l’hôtel MORICE * tenu par des Anglais, réservé à nos effectifs qui avaient bénéficié pour la circonstance d’une tenue bleu ciel ski alpin et randonnée resplendissante et d’un
équipement de ski/chaussures au « top » que beaucoup d’autres corps nous enviaient.
Aucun incident ni accident notoire dans notre secteur n’est venu entacher la réussite de cette mission. Il a aussi fallu avoir un peu de réussite quand je repense à la masse de gens, pas tous montagnards ni vraiment équipés qui se sont agglutinés tout au long des filets de cette piste mythique. Un miracle qu’ils soient tous redescendus sans encombre. Quel soulagement pour nous !
Je mesure mieux maintenant la chance que j’ai eue de participer à ces évènements internationaux exceptionnels positionnés en début et fin de ma carrière montagnarde. Pour vivre une troisième fois ces moments forts en intensité, je me porterais bien volontaire pour les suivants, mais en aurai-je seulement le temps ?

Bernard HASTEY / Raymond MOLLARET

Renvoi : le CNEAS avait déjà quitté le cantonnement de la Daille
Pièce jointe : l’article de Raymond MOLLARET figurant sur la plaquette de la CRS des Alpes de 1993.