Jean LAVIGNE, un de nos glorieux vétérans, nous apprend un jour qu'il dispose d'un instrument de musique un peu spécial appelé " orgue de Barbarie " et qu'il est prêt à le mettre au service de la S.D.S.M. pour animer nos sorties avec les enfants. Un peu surpris de l'information mais habitués aux facéties de notre illustre Docteur Es-Ours des cavernes, nous ne le croyons d'abord pas, mais à ce moment Jean ne plaisante pas. Alors nous nous disons : pourquoi pas ? Banco !
D'un gabarit bien au-delà de celui d'une flûte traversière, il faut bien un break, quatre bras et beaucoup d'attention pour déplacer l' " automatophone " qui se compose principalement de l'instrument proprement dit et d'un " cariollon ", genre de poussette à trois roues facilitant son transport. Mais bon, pour ce premier essai, nous voilà arrivés à bon port au Foyer de Fond du Désert d'Entremont.
Une douzaine d'enfants de l'I.M.E.P. sanglés sur leurs fauteuils sont déjà tous afférés à prendre leur repas et bien indifférents au déballage de l'orgue qui prend place dans un coin de la salle. Jean procède discrètement à quelques réglages, glisse soigneusement ses cartons perforés dans l'appareil, se coiffe d'un chapeau noir et commence à tourner la manivelle.
Dès les premières notes, toutes les têtes se tournent vers l' " Homme-orchestre ". L'ambiance un peu morne jusque là change d'un coup. La magie de la musique s'opère. L'atmosphère devient chaleureuse, conviviale, Et quand Jean entonne les paroles, c'est le bouquet. Même nous adultes, n'en croyons pas nos yeux, ni nos oreilles ! Quelques minutes plus tard, nous nous surprenons même à prendre le relais, fredonner puis chanter à notre tour. C'est la fête !
Dans leurs petites têtes, les enfants anéantis par des handicaps profonds sentent bien qu'il se passe quelque chose. Une jeune fille atteinte en outre d ‘une cécité complète, du fond de son fauteuil, s'est mise à lever les bras et à les onduler. Les éducateurs n'ont jamais vu chez cette jeune fille pareille réaction : " elle danse à sa façon ! " nous disent-t-ils.
Peu après, le petit Christopher, scotché dans son fauteuil, cherche à s'approcher de l'orgue. Il y arrive tout doucement et, malgré son lourd handicap, tente de lever la main en direction de l'orgue. En fait, il veut tourner la manivelle ! Incroyable !
Forts de cette ambiance et de ces images particulièrement touchantes, nous nous promettons de renouveler tant que possible l'expérience de l'emploi de l'orgue de Barbarie pour animer nos sorties comme par exemple à CORRENCON, à l'occasion du centenaire de la S.D.S.M.
Plus récemment, Bernard interpelle Jean :
" Dis-donc Jean, tu ne peux pas me prêter l'orgue pour que je puisse animer le Noël des enfants à la C.R.S. ? "
" Viens le chercher quand tu veux ! " lui rétorque spontanément Jean.
Bernard s'adonne alors à quelques répétitions préparatoires à son domicile, chauffe ses cordes vocales, avant de se lancer dans le grand bain, en autonomie complète. Le jour venu, il installe son instrument dans un coin du foyer et au moment le plus opportun, oubliant ses complexes (il n'en a jamais eu beaucoup..) commence son répertoire. Le même phénomène se produit. C'est un succès, les enfants en redemandent, les adultes aussi, au point qu'on ne sait plus qui de Bernard ou du Père Noël est la vedette du jour.
Lors du trajet retour, probablement alourdi par le poids du succès, l'axe d'une des roues du " cariollon " cède subitement, au grand étonnement de Bernard qui pourtant prend le plus grand soin de l'orgue. L' " homme-orchestre " décide alors de faire appel à l' " homme-ressource " de la S.D.S.M. en la personne de René qui se porte de suite au chevet de l'orgue. Quelques jours après, le " cariollon " est de nouveau sur pieds ou plus exactement sur roues, plus solide que jamais, prêt à resservir pour la bonne cause.
Car Bernard avec le soutien de Jean, a une autre idée généreuse : celle d'animer les petites fêtes organisées ici ou là dans les maisons de retraites au profit des personnes âgées ou malades. Toujours en phase avec l'esprit de la S.D.S.M., c'est bien là aussi l'occasion de " tendre la main, porter assistance à personnes en difficulté " que d'égayer leur existence ne serait-ce que quelques heures par an à des moments ou elles en ont le plus besoin.
Nos deux saltimbanques Jean et Bernard avec le renfort ponctuel de René, hommes de bonne volonté s'il en est, continueraient à " Servir " tant qu'ils pourraient et l'orgue de Barbarie de Jean trouverait ainsi un second souffle, très heureux d'exister encore et d'essaimer ces chansonnettes d'un autre temps, pourtant si vivantes et jamais remplacées.

Il continuerait ainsi sa vocation d'instrument de musique récréative, colporteur de joie de vivre et de bonheur !!