1ère partie...
Par Raymond MOLLARET
Avant de basculer inexorablement dans le troisième millénaire plein d'incertitudes et d'espoirs et, poussé par l'horloge du temps, de poursuivre inlassablement l'aventure du secours en montagne, il paraât opportun de s'arrêter quelques instants et de se rappeler le chemin qu'à été celui de nos aânés, au tout début, par exemple dans la vallée du Vénéon jusqu'à La Bérarde, au cÅ“ur de l'Oisans.
Nous savons que la première intervention des CRS en montagne remonte à 1947. Le 13 mars de cette année, un Dakota se crashe au Moucherolle, sur la commune de Château-Bernard. Seize fonctionnaires de la C.R.S. n° 147 se rendent alors sur le balcon Est du Vercors pour, en outre, établir un périmètre de sécurité autour de la carcasse de l'appareil ou ont été découverts de nombreux billets de banque
A partir de 1948, les plus sportifs de la compagnie grenobloise et d'ailleurs participent à des stages de secours organisés à l'E.N.S.A. (Ecole Nationale de Ski et d'Alpinisme), au Praz à Chamonix. Ils y montent une quinzaine de jours et, sous la houlette de Robino et Armand Charlet, apprennent les premières techniques de progression et d'évacuation des victimes de sports de montagne.
Cette expérience est reconduite en 1949 et 1950, année ou Maurice Herzog et son expédition conquièrent l'Annapurna. Parallèlement, dans ces mêmes années, la C.R.S. n° 147 est souvent déplacée à Tignes en vue d'y assurer le maintien éventuel de l'ordre consécutif à la construction du barrage de Tignes en Savoie. D'ailleurs plusieurs sauvetages sont effectués par les CRS en Haute-Tarentaise et Haute-Maurienne au cours de cette période.

Il faut attendre l'été 1950 pour que les CRS découvrent enfin la vallée du Vénéon en Oisans et son hameau de La Bérarde qui, à ce moment, est largement habité, surtout l'été. L'hiver, la route est entièrement fermée et quelques familles vivent retirées du monde en autarcie complète (Albert Tairraz, Casimir Rodier, Sidonie Turc, ) autour d'une épicerie, seul commerce permanent et de l'école ou l'instituteur change pratiquement chaque année.
L'été 1950, quelques CRS, Jouve, Prat, Vossenat, Falquet, Burkel, Laboret, Bonnefoy, Robert, Diot, Duvernay, découvrent ce lieu mythique et son environnement. Ils y montent deux à trois fois par saison, par période de huit jours, avant de redescendre prendre l'activité normale de CRS (poste de police, déplacement à Tignes, Modane, patrouilles frontalières, ).
Le transport se fait à bord des "Renault HS 3", petits camions à cabine avant et bâche arrière, appelés aussi "sauterelles", ou huit à dix personnes peuvent prendre place. Après un parcours chaotique, les camions sont garés sur le parking au pied de la maison Raymond Rodier, la dernière maison du hameau, à gauche. Il ne reste alors que quelques mètres aux CRS pour descendre à pied un "cheminou" qui les amène à leur "logement" réservé dans l'ancien hôtel Albert Tairraz, laissé à l'abandon. La pièce la plus confortable, celle ou il n'y a pas de fuite provenant du toit délabré, sert à tous les usages : cuisine, chambre, poste, local matériel.
Sur ce dernier point, il faut reconnaâtre qu'il n'y a pas pléthore. Les volontaires montagne ne disposent que d'équipements administratifs mal adaptés (battle dress) et doivent se payer le matériel technique.
D'ailleurs, dans ces conditions plus que sommaires, les fonctionnaires sont intervenus pour la première fois en hiver en Oisans, aux Mines de l'Herpie sur les contreforts de l'Alpe d'Huez le 10 février 1950.
A 4h40, le dortoir ou dorment les mineurs de charbon de l'Herpie dans le massif des Grandes Rousses, sur la commune d'Huez, est soufflé par une avalanche. Les 6 hommes couchés contre la muraille sont tués sur le coup, mais les brasiers renversés incendient le plancher. Il y aura 12 tués, dont 9 issus de Besse, village voisin de la vallée du Ferrand et 2 rescapés.

A partir d'Huez, si on lève les yeux vers le massif des Grandes Rousses, on aperçoit encore l'ancienne cantine des mineurs qui a été rachetée et restaurée depuis. A quelques dizaines de mètres, il y a 62 ans, une catastrophe plongeait dans le malheur des habitants de l'Oisans.
M. Félix Germain, alors patron de l'opération de secours et personnalité reconnue, se décide, devant l'accoutrement de nos collègues, à solliciter en personne une audience auprès de nos plus hautes instances. Il obtient un rendez-vous devant durer initialement cinq minutes ; il y reste deux heures. M. Germain rencontre un interlocuteur compréhensif, chasseur de chamois, qu'il n'a pas trop de mal à convaincre. Cet entretien est sans doute à l'origine du budget annuel attribué au C.N.E.A.S. (Centre National d'Entraânement à l'Alpinisme et au Ski) et destiné à l'équipement des fonctionnaires spécialisés montagne, encore de nos jours.
En outre, les premières participations aux opérations de secours séduisent notre administration au point qu'en 1952 la Compagnie se voit attribuer, à titre collectif, la médaille d'Argent 2ème classe des Actes de Courage et de Dévouement qui vaut à ses membres l'honneur de porter la célèbre fourragère. Cette distinction est remise par M. Brune, alors Ministre de l'Intérieur, à la Compagnie rassemblée à Paris.
Les étés 1951 et 1952 se déroulent suivant le même schéma. Pour mémoire, nous retenons que neuf CRS interviennent pour la première fois dans le massif des Ecrins, depuis La Bérarde, le 17 septembre 1951. Ils sont appelés en renfort de la S.D.S.M., maâtre d'Å“uvre à cette époque pour récupérer les corps de deux alpinistes à la Dibona. ...